Fathi Hadj-Henni, fondateur de la société Soliv’r, site de vente en ligne de produits issus du commerce solidaire, de Palestine en particulier.


solivr

La saison officielle des soldes va bientôt voir le jour dans nos boutiques préférées : repérage, chasse aux soldes monstres et bonnes affaires… Mais une chose me bouscule, un principe dont je ne saisis pas bien le sens: les soldes sur l’équitable : comment peut-on en effet brader des produits dont le bénéfice est sensé revenir avant tout à son producteur ?

De deux choses l’une. Soit le commerçant estime reverser la juste part à ses producteurs et se fixe une marge raisonnable pour son développement, ce qui parait être la démarche la plus cohérente. Soit le commerçant réalise et se reverse une marge copieuse, ce qui lui permet de solder ces produits équitables. On est alors en droit de se demander quelle part revient aux producteurs… On saisit donc bien l’incohérence du principe des soldes équitables qui reviendrait à diminuer la part normalement échue aux artisans.

Pour faire des soldes, dans l’équitable, le vrai, il n’y a donc pas trop de possibilités : le commerçant vend sans aucune marge (la vente à perte étant interdite), dans le but de dynamiser les ventes ou de faire connaître ses produits en concurrençant les produits du commerce classique. Mais est-ce préjudiciable pour ce commerçant sur le long terme ?

Prenons notre cas, chez Soliv’r, les marges sont minces sur certains produits, d’autres sont un peu plus importantes, ce qui nous permet d’amortir des frais de logistique importants. Impossible alors de ventiler ces frais sur des produits au prix bas (savons de Naplouse, par exemple) : une centaine d’euros de frais de port pour 20 kg venus de Palestine, c’est très cher pour un e-commerce naissant (en auto entreprise qui plus est…). Le bénéfice est donc léger. Alors comment réaliser des offres attractives pour le plaisir de nos clients ?

Typiquement, notre coffret “Zeit u zaatar” était proposé au prix le plus bas possible, soit l’équivalent d’un savon de Naplouse offert. Ceci dans le but de faire découvrir la culture palestinienne autour d’une recette simple et savoureuse à la fois. Mais les frais d’envois n’étant pas amortis, le coffret était donc une vente nulle au niveau comptable. Il est quasi impossible de faire des promotions sensibles pour nous (au-delà de 15 %, par exemple). Si nous offrons, ce sont à nos frais, difficile alors d’imaginer un développement dans ces conditions.

La notion même de soldes sur l’équitable est incongrue. Si j’ai confiance en mon commerçant, si je connais la part qui revient aux producteurs, si je connais la réalité des difficultés dans ce genre d’activités, je me refuse d’acheter ces produits au rabais. C’est contre-productif et à l’encontre du principe équitable en faveur du producteur. Quelle est ma réelle conviction en achetant ce produit équitable ? Faire une bonne affaire ou donner un maximum pour développer ce commerce ?

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